3 jours à Chengdu
Chengdu, capitale de la province du Sichuan. Vous vous souvenez du séisme ayant eu lieu en Chine au mois de mai 2008 ? Et bien l'épicentre était là ! Depuis ce terrible tremblement de terre, je me suis beaucoup investie dans l'association "Solidarité Ginkgo" et nous avons travaillé sur un projet d'aide sur le long terme pour cette région.
Ce week-end était le week-end choisi pour remettre l'argent à l'association que nous avions décidé de financer dans le cadre de ce projet. Nous sommes 2 personnes de l'association à nous rendre sur les lieux pour l'occasion : Aude qui habite maintenant à Shanghai et moi.
Vendredi 20 mars 2009
Départ de Wuhan pour Chengdu ! J'y retrouve Aude qui est arrivée la veille. Nous avions décidé d'arriver un jour plus tôt que prévu pour profiter de la ville et faire quelques visites ... Eglantine est là aussi ! Hasard : elle avait prévu de se faire un petit week-end de vacances à Chengdu exactement en même temps que nous ! Cette journée "entre filles" promet d'être sympathique.
Nous avons un objectif prioritaire : voir des pandas ! Chengdu est la capitale des pandas !
Nous n'avons pas été déçues ... Connaissez-vous les pandas roux ? Je les ai découverts ! Ils ressemblent un peu à un croisement de raton-laveur/chat/petit ours. Et j'étais ravie de voir, pour la première fois de ma vie des pandas "traditionnels" en chair et en os !



La réserve de panda est vraiment bien faite !
De grands enclos, des animaux séparés en fonction de leur tranche d'âge, une nursery (nous n'avons pas vu de bébés car les naissances ont d'habitude lieu en septembre), un centre de recherche, un musée, ... tout ça dans un cadre naturel très agréable.
Il y avait très peu de visiteurs ce qui nous a permis d'encore mieux en profiter !
Après cette première visite, direction le temple du Marquis Wu. Il s'agit d'un mémorial consacré au général Zhu Geliang, stratège et homme d'état qui reçut le titre de marquis du canton de Wu en 223. Nous passons un bon moment à nous balader avant de flâner dans les petites ruelles piétonnes alentours. Elles ont été extrêmement bien aménagées : l'architecture des maisons chinoises a été conservée, les rues sont très propres, de petites échoppes proposent divers produits (nourriture, souvenirs, ...). Nous nous arrêtons pour boire un jus de fruits pressés en terrasse, chose très peu courante en Chine ! Il faut croire qu'au Sichuan, les chinois ont développé un art de vivre très différent des autres régions. Ils prennent leur temps et n'hésitent pas à profiter du début de soirée pour prendre un thé. Le climat s'y prête bien : la température est idéale : 26°C avec une légère brise ... le bonheur !
Autre grosse différence : nous ne sommes pas obligés de dîner à 18h30 pour être dans les temps ! Les horaires sont décalés !

Petit zoom sur une des spécialités de Chengdu : le nettoyage d'oreilles ! Il y a des nettoyeurs d'oreilles absolument partout dans la rue.
Je n'ai pas testé ... il faut dire que cette longue tige de métal ornée d'un petit bout de coton ne m'a pas vraiment inspiré !
Samedi 21 mars 2009
Impossible de prendre le petit-déjeuner à l'hôtel : ils ne servent pas avant 10h du matin ! Incroyable ! D'habitude c'est le contraire : ils ne servent que jusqu'à 10h du matin. Décidément, nous avons vraiment l'impression d'être dans un pays différent !
Nous retrouvons Xiaogang et Solène, les personnes de l'association que nous décidé de financer. Il s'agit de l'association Yidao. Ils sont accompagnés d'un homme travaillant pour une ONG française installée en Chine. Nous montons à bord de leur jeep et profitons du trajet pour faire un peu mieux connaissance. Ils ont déjà beaucoup travaillé pour l'aide d'urgence après le séisme et pour le soutien psychologique aux enfants victimes du tremblement de terre. Leur nouveau projet est de soutenir financièrement quelques étudiants ayant de grandes difficultés financières, familiales et psychologiques.
Nous roulons en direction d'un des petits villages ayant été le plus touché par le séisme. Pendant le trajet nous constatons que de nombreux immeubles ont déjà été reconstruits. C'est d'ailleurs impressionant : quelle rapidité pour rebâtir ! Il reste bien sûr des ruines de maison, mais il semble qu'un gros travail ait déjà été fait pour nettoyer les dégâts du tremblement de terre. Mais le spectacle de la nature nous rappelle l'intensité de la catastrophe : des pans entiers de montagnes sont éboulés et on distingue nettement la trace de la montée des eaux au niveau du barrage qui surplombe la ville.


Après presque 3 heures de route, nous ne sommes plus qu'à 10 minutes du village en question. Mais un barrage de police nous contraint à nous arrêter. Après vérification de nos passeports, il nous faut rebrousser chemin ... et oui, nous sommes sur la route du Tibet et l'accès aux étrangers (surtout français) en est de nouveau interdit depuis peu. Nous sommes en pleine période de commémoration de l'anniversaire du Dalaï Lama alors forcément ...
Mais quelle frustration ! Toute cette route pour rien !

Xiaogang et Solène nous proposent alors gentiment de venir passer la fin d'après-midi chez eux.
Nous en profitons pour leur remettre l'enveloppe que nous étions venues leur apporter. L'argent servira donc à soutenir des étudiants victimes du séisme.
Comme nous avons un peu de temps, ils nous proposent de visiter les ateliers d'artistes voisins.
Le village dans lequel ils habitent regroupe une grande majorité des artistes de Chengdu qui s'y sont installés pour créer. Pour l'instant, c'est un endroit méconnu des touristes ... mais la ville envisage des aménagements pour rendre le lieu plus attractif. Profitons donc de cette découverte en avant-première !


Solène nous suggère de profiter de notre soirée pour aller voir le spectacle du "Sichuan Opera". Il est 16h45 et nous appelons l'hôtel pour qu'ils nous réservent des places (ils font aussi agence de voyage). Ils proposent de venir nous chercher en minibus pour nous conduire au spectacle. Génial ! A les écouter, ils devraient être là dans 1/4 d'heure. Mais à 18h, il n'y a toujours personne ... nous recevons un coup de fil : finalement ils ne pourront pas venir nous chercher car ils n'ont plus de minibus dispo. Ils nous envoient la navette d'un autre hôtel. Elle devrait être là dans 20 minutes. A 19h30, la navette arrive enfin ! Après tout, le Sichuan n'est pas si différent du reste de la Chine !
Nous n'avons plus qu'1/2 heure pour arriver au spectacle. Le conducteur roule comme un fou au milieu des embouteillages, utilisant sans complexes la voie des véhicules venant d'en face pour circuler. Et nous sommes dans les temps ! Le spectacle est magique ... musique, ombres chinoises, théâtre, masques de Chengdu, ... nous sommes comblés ...
Dimanche 22 mars 2009
Aujourd'hui nous devons rencontrer une des étudiantes qui bénéficiera de l'aide apportée par Yidao. Elle a 18 ans, a été adoptée à sa naissance. Sa mère adoptive est décédée juste avant le séisme. Sa maison a été complètement détruite pendant le tremblement de terre. Les voisins l'ont aidée à reconstruire 4 murs et un toit mais les conditions de vie sont loin d'être idéales. Pas de chauffage, pas d'eau courante (un puit a été construit à côté de la maison), un sol en béton brut, ... La jeune fille subit la pression de son père adoptif avec lequel elle entretient de très mauvaises relations. Il ne travaille pas et estime que c'est à elle de ramener de l'argent pour la vie quotidienne. Je ne parle même pas de reconstruire une maison : cela représente 5000€, une somme astronomique pour ces gens qui ont tout perdu. Par chance, l'étudiante est très bonne élève et bénéficie donc d'une bourse de l'Etat qui finance ses études et la loge. Mais elle a actuellement de gros problèmes de santé. Elle refuse d'aller à l'hôpital pour se faire opérer : elle a bien trop peur de rater des cours et d'avoir ensuite de mauvaises notes qui conduiraient à l'arrêt du versement de sa bourse d'étude. Mais il est visible qu'elle se bat pour s'en sortir. Juste après le séisme, le gouvernement chinois a versé de l'argent aux familles des campagnes, mais aujourd'hui, pour ces gens, le problème des ressources se pose à nouveau. Ils ne bénéficient plus que d'une allocation de 6€ par mois ... et ils ont perdu le peu qu'ils avaient.
Voici donc la maison et ses alentours



Nous ramenons l'étudiante à l'école (ici les élèves y vont tous les jours) et poursuivons notre visite.
Nous voulons maintenant rentrer dans les villages de bâtiments "préfabriqués" qui ont été construits immédiatement après le séisme. En tout 500000 préfabriqués ont été bâtis en 2-3 mois. Ce sont les gens des villes qui y ont été relogés.
Nous entrons dans un premier village, mais au bout de 10 minutes, un gardien nous reconduit vers la sortie. Nous ne sommes pas autorisés à rester là. Le gouvernement ne voit pas d'un très bon oeil que des étrangers continuent à venir mettre leur nez au milieu. Ils estiment que le séisme est une affaire classée et que toutes les mesures ont été prises pour reconstruire, reloger et aider les personnes touchées. Il est maintenant très tabou de parler de tout ça. Il est vrai que beaucoup de choses ont déjà été faites, néanmoins la souffrance psychologique des gens est toujours vive et certains d'entre eux ne pourront pas être relogés avant 1an1/2 ...
Nous persistons et entrons dans un deuxième village. Cette fois, aucun gardien ne nous a vu rentrer ... Nous en profitons pour observer les conditions de vie des habitants. Elles sont correctes même si les logements sont vraiment petits et si l'hiver a du être rude. Nous discutons avec une dame qui affirme être contente de ce que le gouvernement a fait pour elle. Elle n'émet aucune plainte. Un peu d'auto-censure certainement ... j'imagine un français à sa place ... Elle reconnaît néanmoins que beaucoup d'enfants sont en détresse psychologique : très seuls, ils sont souvent livrés à eux-mêmes (beaucoup, après la mort de leurs parents, ont été recueillis par de la famille).


Notre week-end s'achève et nous en sommes satisfaites. Bien sûr nous n'avons pas vu tout ce que nous voulions, mais nous pouvons au moins nous faire une petite idée, par nous-mêmes, de la situation actuelle au Sichuan.