Tibo en déplacement pro ...

Publié le par Lea et Thibaut

Une fois n’est pas coutume, je (Thibaut) me mets aux commandes du clavier pour vous raconter un déplacement fait ce vendredi 05/09/08 chez un fournisseur.

Non pas que, désormais, j’ai décidé de vous parler régulièrement de mon travail (je ne suis pas sûr que ça intéresserait beaucoup de lecteurs), mais j’ai trouvé que cette journée était à l’image de ce que nous vivons quotidiennement en Chine et j’ai eu envie de la raconter sur ce blog.


Donc le but de cette visite était de réaliser un mini-audit des installations industrielles d’un fournisseur et de faire un bilan de l’avancée de son travail.

Ce déplacement faisait suite à une visite que nous avions déjà faite chez ce fournisseur au milieu du mois de juillet et durant laquelle le responsable de l’usine nous avait expliqué que de nombreux changements devaient être réalisés durant l’été.

Il faut dire qu’en juillet, le site ressemblait plus à un « garage » qu’à une usine !

Les pièces et autres matières premières étaient placées dans des cartons entassés par terre. Et ce que l’on appelle les « moyens de contrôle » (nous servant à vérifier la conformité des pièces fabriquées par le fournisseur) étaient « bien rangés », à l’écart du lieu de production dans une « maison ». Pour accéder à cette « maison », nous devions passer devant d’autres bâtisses à 2 étages servant sûrement de logement pour les ouvriers de l’usine (et leurs familles, puisque devant, des enfants jouaient et des dames étendaient leur linge). Tout cela à l’intérieur des murs d’une usine.

Pour reprendre mon récit, nous voilà partis 3 français et 2 collègues chinois à 2 voitures. Un troisième collègue chinois devait nous rejoindre plus tard et rentrer avec nous en fin d’après-midi (il est en fait arrivé pile pour le déjeuner au resto offert par le fournisseur).

Ma voiture devant (je connaissais la route depuis la visite de juillet) avec un français et un collègue chinois + l’autre voiture conduite par un autre collègue français (arrivé récemment et me suivant) avec le deuxième chinois.

A ce stade de l’histoire, il est important de préciser que les deux chinois en question s’étaient déjà rendus plusieurs fois chez le fournisseur mais nous savions très bien qu’il ne fallait pas compter sur eux pour nous indiquer la route en cas de doute.

En effet, nos collègues proches n’ont pas de voiture (trop cher) et, en général, le chinois n’a pas un grand sens de l’orientation et ne sait pas lire une carte routière ...

A leur décharge, en Chine, sous l’ère Mao, les cartes étaient classées TOP SECRET pour des raisons militaires... Peut-être aussi pour éviter que les gens ne se déplacent trop !... Cela donne lieu à des situations un peu cocasses lorsque nous nous promenons dans WUHAN ou en vacances et que, perdus, nous essayons de demander notre chemin à un passant. Certaines fois, nous tendons la carte à la personne interpelée qui, au choix, ne daigne même pas y jeter un coup d’œil (il ne faut pas perdre la face en montrant que l’on ne sait pas la lire) et préfère nous orienter de visu (je parle-là de « l’horizon » !... hyper pratique !), ou prend la carte et la retourne dans tous les sens (cela peut arriver qu’elle essaie de nous indiquer la route alors que la carte est à l’envers !). J’aimerais bien assister un jour à un cours de géographie à l’école chinoise pour me rendre compte de la manière dont les choses sont abordées !

Bref, nous pensons sérieusement à acheter un GPS mais le problème est que, pour l’instant, à WUHAN, il n’en existe qu’avec des indications en caractères chinois. Pas hyper pratique pour se repérer. Et même si Léa commence à se débrouiller un peu à l’oral, nous n’avons pas encore commencé l’apprentissage de la lecture des caractères (Léa s’y met mais il semblerait que se soit encore moins intuitif que l’oral !).

Donc, nous nous mettons tous les 5 en route vers 8H30. Les 10 premières minutes se déroulent sans aléas même si mon collègue français n’a pas encore complètement l’habitude de la conduite « à la chinoise » et a du mal à me suivre. Il le fait quand même sans broncher malgré les dépassements à droite et les coups de klaxon pour réussir à éviter tout ce que l’on peut rencontrer sur une route « rapide » chinoise.

Nous arrivons à un pont permettant de traverser le fleuve coupant WUHAN en deux parties (Est-Ouest). Pour vous donner une idée de la largeur de ce fleuve, vous prenez la Seine et vous multipliez par 5. Petite astuce à connaître : on ne peut pas emprunter les ponts quand on le veut ! Certains ponts ont un fonctionnement alterné = l’autorisation de circuler se fait en fonction du jour pair ou impair qui doit être en cohérence avec la plaque d’immatriculation de la voiture se terminant par un chiffre pair ou impair.

La traversée du pont « du jour » est rendue difficile par l’état de la route (essayez d’imaginer une route que vous qualifieriez de « défoncée » et vous serez loin de la réalité) et par la présence de balayeurs qui ont investi les lieux.

En fait, pour mieux décrire la situation, il s’agit d’une route 3 fois 2 voies séparées par un terre-plein, sans bande d’arrêt d’urgence au niveau du pont. Comme bien souvent en Chine, la main d’œuvre (pas chère et nombreuse) est très utilisée, pour nettoyer ce genre de route, cela se fait « au balai » !

L’objectif de tout conducteur est donc d’éviter les trous (oubliez la notion de « nid de poule » !), les autres voitures et/ou camions et, ce matin, les nettoyeurs de route !... Vitesse maxi = 30 à 50 km/h. Pour s’amuser un peu (certains savent que je suis un peu joueur), l’objectif est bien sûr de s’arrêter le moins possible et de ne laisser personne nous doubler ! Bref, je m’amuse, écoute et essaie d’entretenir la conversation (en anglais) avec le chinois dans ma voiture tout en surveillant que la 2ème voiture me suit toujours.

A propos de la discussion avec « notre » chinois, nous évoquons les évènements qui se déroulent actuellement en Thaïlande (il n’est bien sûr pas au courant). Comme il ne comprend pas de quel pays nous parlons, il essaie de nous le faire situer sur une carte dont nous ne disposons pas è il commence à dessiner le monde sur une feuille. Comme il met un peu de temps, nous jetons un coup d’œil sur la feuille et constatons que, là où moi, j’aurais pu faire un rectangle sur le coté droit de la page, lui était en train de dessiner de façon minutieuse les contours de la Chine en plein milieu de celle-ci sans trop laisser de place pour le reste ! Et oui, à quoi ressemble le monde pour un chinois ? A la Chine pardi ! Nous nous sommes mis à rire et il n’a jamais compris que nous parlions de la Thaïlande !

En fin de traversée du fameux pont, je prends la première sortie mais, rapidement, je me rends compte que ce n’est pas la bonne !... Comme je ne suis pas chinois et que je ne veux surtout pas reproduire les comportements qui m’énervent de plus en plus, je décide de ne pas faire ce qu’un autochtone aurait fait, c’est-à-dire faire demi-tour et emprunter la voie de sortie en contre-sens pour rejoindre la route quittée un peu trop tôt.

Je poursuis mon chemin et décide de reprendre ma route un peu plus loin et c’est exactement ce que je réussis à faire 2 minutes plus tard… mais dans le sens inverse de ce que je voulais ! Donc, re-traversée du pont dans le sens inverse de ce que je venais de faire, demi-tour après le pont et re-traversée du pont dans le bon sens… autant dire que je commence à maitriser le relief de la route !

Je ne sors pas à la première sortie (on va pas se tromper 2 fois de suite), mais poursuis tout droit avant d’hésiter à prendre une nouvelle sortie. Pour m’aider et être sûr de ce que je fais, je demande au chinois présent dans ma voiture si, au loin, l’indication (en chinois) de la voie que je comptais prendre était SORTIE (donc bon) ou ENTREE (donc mauvais). Il me répond SORTIE è je fonce !... arrivés au niveau de la voie, il était bien évidemment inscrit ENTREE !... Conséquences ? Je suis obligé de faire 15 kms de plus avant de pouvoir trouver une nouvelle sortie ! Pas moyen ! Un peu agacé, je décide donc de me la jouer « à la chinoise » tout de même un peu « francisé » en empruntant la voie d’ENTREE en marche arrière… et l’autre voiture me suit. (mon collègue s’adapte vite)

Petit tour de tête pour vérifier qu’aucun policier ne nous a vu faire la manœuvre et, hop, nous nous retrouvons sur la bonne route (plus urbaine) et dans le bon sens… 100 mètres plus loin, je réalise que l’autre voiture est en train de s’arrêter sur le bas coté.

Intrigué, je fais la même chose que lui en essayant d’éviter le scooter me doublant par la droite. Je me rends à pieds à sa hauteur et voilà qu’il m’explique qu’il est en panne. Manquait plus que ça ….  Apparemment il n’en est pas à sa première … Depuis qu’il a son CITROEN PICASSO, c’est-à-dire depuis juillet de cette année, cela fait plusieurs fois que ça lui arrive (mais oui les Citroën fabriquées en Chine sont d’une qualité irréprochable). Il n’y a plus qu’à attendre une dizaine de minutes et à espérer que, comme les autres fois, la voiture reparte.

Explication à toute la troupe qui nous accompagne. Tout le monde sort de voiture en discutant et en rigolant au lieu de commencer à s’énerver et à se rappeler que l’erreur de chemin précédente nous a déjà fait perdre pas mal de temps et que nous allons finir par être vraiment en retard.

C’est le moment de l’histoire que je choisis pour souligner un des traits de caractère des chinois. Sa philosophie est la suivante : "on ne maitrise pas tous les éléments et, si c'est pas fait aujourd’hui, c'est que ça ne devait pas se faire et on verra demain"…Légèrement fataliste… Du coup, souvent, on ne cherche pas beaucoup à essayer de « maitriser un peu mieux les éléments » et on ne se creuse pas beaucoup la tête pour trouver des solutions. A la longue, surtout dans le travail, ça énerve un peu !

Tout le petit monde commence à discuter avec les riverains du bord de route qui, visiblement, n’ont pas l’habitude de voir des étrangers tous les jours : une dame joue avec son enfant qui nous fait de grands sourires, un groupe de personnes attendant on ne sait pas trop quoi nous observe sans rien dire…On engage la conversation avec un monsieur propriétaire d’un side-car sur lequel, à la place du passager, est installé un énorme transformateur thermique dont on ne connaîtra jamais l’utilité. Dix minutes plus tard, mon collègue redémarre la voiture et nous repartons.

Nous arrivons ENFIN chez le fournisseur et, juste avant de passer le portail de l’usine, nos collègues chinois nous demandent de ne pas évoquer avec le fournisseur les épisodes survenus en chemin… ça doit encore être une histoire du genre « ne pas perdre la face »… sauf que, cette fois, pour le coup, c’était plutôt nous (les français) qui pourrions perdre la face !... Peut-être était-ce vraiment pour cette raison et ils voulaient nous éviter cela.

Malgré 3/4 d’heure de retard, personne ne nous demande rien et on enchaine avec la réunion « en salle » avant la « visite usine » de l’après-déjeuner. Je vous passe tout le détail de ce qui a été dit pendant 4 heures.

Vers midi (en fait, il s’agissait de 12.00 pile !), nos collègues chinois commencent à présenter des signes d’impatience. Et vas-y que je regarde ma montre en toussant, et vas-y que je gigote sur ma chaise. Pourquoi ? Mais justement parce qu’il est 12.00 pile, l’heure d’aller déjeuner !

Autant vous dire qu’entre 12H et 13H, aucun d’eux n’a daigné intervenir durant la réunion… au risque de la voir se prolonger encore ! Je pouvais observer leurs visages se décomposant un peu plus au fil des minutes. A leur grand soulagement nous partons déjeuner à 13H…

Après le déjeuner, nous visitons l’usine et, à la surprise générale, nous constatons que les promesses faites en juillet étaient tenues : re-organisation totale ! Fini les cartons entassés en vrac ! En un mois d’août, ils ont réussi à faire une usine de ce que j’avais qualifié de « garage » !... c’est ça la Chine !... Je suis impressionné par la vitesse avec laquelle les changements ont eu lieu ! Ils ont même construit un mur nous empêchant de nous rendre du coté des maisons des ouvriers ! Pour être complet, ils avaient même passé un bon coup de balai (sûrement la veille car c’était vraiment propre) ! La petite note drôle est qu’ils ont même installé un système de gestion de stock par étiquettes sur tableau (KABAN) qu’ils n’utilisent bien sûr pas pour l’instant… pas sûr qu’ils soient encore initiés ! Mais ça en jette et ça fait beau ! On était tous super contents de la visite même si plein d’autres petites choses sont encore nécessaires à mettre en place avant la fin d’année.

La visite se termine tranquillement et, vers 16H, nous prenons le chemin du retour avec, comme à l’aller, installés dans les voitures : 2 français (dont moi) + 1 chinois dans ma voiture et 1 français + 1 chinois dans l’autre…

Pour ceux qui n’ont pas suivi, rappelez-vous que nous avions pris 2 voitures à 5 car un 6ème élément devait faire le retour avec nous !... Et bien, nous l’avons oublié car ce con était allé aux toilettes juste avant de partir et que personne n’y a plus pensé !... surtout pas ses potes chinois qui se marraient et s’en moquaient complètement !... Ce n’est que 5 minutes après nous en être rendus compte que celui qui était dans ma voiture m’a demandé si on ne faisait pas demi-tour pour aller le chercher !... Heureusement que j’avais déjà vérifié que l’autre voiture était déjà allée le chercher.

Nouveau trait de caractère des chinois : quand il s’agit de faire une démonstration de la grandeur de la Chine, une minorité de dirigeants réussit facilement à mobiliser tout le monde et tous avancent dans le même sens sans broncher. Sinon, dans la vie de tous les jours, c’est chacun pour sa gueule !

Pour finir, le retour s’est fait en 20 minutes (rappelez-vous, une heure à l’aller) !... Premièrement parce que si on ne se trompe pas de route et que l’on n’a pas de panne, on peut le faire tranquillement en une ½ heure et, deuxièmement, parce que j’avais décidé de faire un chrono et, pour cela, me suis permis de zigzaguer tout au long du parcours !

Mais en descendant de voiture, nous constatons, avec l’autre français qui était à la place du passager avant, que le chinois installé à l’arrière n’a pas parlé depuis plus de 10 minutes (alors que, d’habitude, il est très bavard et aime échanger avec nous). Il fait une drôle de tête. Je lui demande comment ça va et, après un énorme rot, il me répond qu’il ne se sent pas très bien… L’autre français me fait remarquer qu’il est un peu « jaune ». Nous retournons à notre bureau avec le chinois se trainant derrière nous. Le pauvre ! Pas habitué au rallye ! Les chinois conduisent mal, mais lentement. Alors là forcément… Nous nous installons à notre bureau et notre collègue chinois disparaît. Un quart d’heure après, il revient, seul, avec une tasse d’eau chaude (les chinois boivent constamment des tasses d’eau chaude dans lesquelles ils mettent souvent du thé… ou pas !). Visiblement ça ne va pas beaucoup mieux …et pour cause, il a passé un moment aux toilettes à vomir !

Ce déplacement est l’un des premiers d’une longue série qui a commencé cette semaine et qui va se poursuivre pendant un mois. Nous allons être amenés à sillonner la Chine puisque certains fournisseurs ne sont pas situés proche de WUHAN. Nous voyagerons certaines fois en avion ou en train avec des nuits passées dans des hôtels que nos collègues ou fournisseurs chinois auront réservé pour nous. Ça promet !... Peut-être que j’aurai encore envie de partager certaines expériences via ce blog avec vous… à suivre !

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Publié dans Septembre 2008

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Commenter cet article
L
Quel talent d'écriture Indiana! Ton fleuve t'es sur que c'est pas le le Yang Tse Kiang (cf un singe en hiver avec Bebel et Gabin)<br /> <br /> Bon courage à vous deux sinon
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A
trop drôle ! je t'imagine trop en train de te prendre pour le pilote de la ferrari sur un grand prix de F1 !
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J
Toute personne qui travaille a , contre elle:<br /> 1)celles qui voudraient faire exactement la même chose.<br /> 2)Celles qui voudraient faire exactement l'inverse.<br /> Et enfin,la masse de ceux, qui sont d'autant plus critiques, qu'ils ne foutent rien!!!<br /> Confusius, ou un autre, peut-être.
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